Aquifères côtiers

Nouvel article publié en décembre 2022

Dans les zones littorales, les aquifères sont en contact avec l’eau salée d’origine marine, qui peut potentiellement pénétrer à l’intérieur de ces formations géologiques côtières. Ces aquifères sont ainsi plus ou moins sensibles aux intrusions salines en conditions naturelles ainsi que sous influence anthropique (prélèvements par pompage par exemple).

Les intrusions salines sont localisées :

  • au niveau du littoral,
  • le long des cours d’eau au niveau de leur embouchure, où des langues salées peuvent pénétrer à l’intérieur des terres.

Cette vulnérabilité des aquifères côtiers est liée à des facteurs internes (type d’aquifère, propriétés physiques du milieu, hétérogénéité) et à des facteurs externes (volume d’eau prélevé en fonction des différents usages : alimentation en eau potable, tourisme, agriculture, industrie ; recharge (précipitation efficace) et niveau marin notamment en période de tempête).

L’augmentation du niveau de la mer, induit par le changement climatique, accentue la problématique d’intrusion saline au sein des aquifères côtiers (aussi appelé biseau salé). Ce processus est associé, d’une part à la différence de densité entre l’eau douce et l’eau de mer (l’eau douce a une densité plus faible que l’eau salée, l’eau d’origine marine aura donc tendance à pénétrer vers les terres sous l’action du gradient de densité), et d’autre part aux conditions internes (géométrie des aquifères, propriétés physiques hydrodynamiques, nappe libre ou captive…) et conditions aux limites (niveau marin, recharge). Le phénomène d’intrusions salines sera également amplifié par la dépendance croissante des ressources en eau souterraine pour l’alimentation en eau des zones littorales : augmentation de la pression démographique sur les côtes, irrigation avec de l’eau souterraine pour le maraîchage et l’arboriculture etc…

Ces territoires littoraux constituent des zones à forts enjeux de développement économique. Les conditions hydrogéologiques et les activités anthropiques dans cet environnement côtier ont ainsi une influence significative sur la qualité des eaux souterraines, souvent constituant l’unique ressource en eau douce.

A noter qu’en France, les zones méditerranéennes sont les plus marquées par l’influence anthropique, ce qui peut réellement accentuer les risques d’intrusions salines, résultant de la combinaison de la remontée du niveau marin et d’une augmentation des prélèvements dans les eaux souterraines.

Sur la quasi-totalité du littoral d’Occitanie, les risques de salinisation des aquifères sont avérés. Une synthèse de la vulnérabilité de ces aquifères au changement climatique a ainsi été réalisée en 2011 (il n’y a pas eu de nouveaux travaux ou de mises à jour depuis). Cette étude a permis d’analyser la vulnérabilité des 11 grands aquifères littoraux d’Occitanie à l’augmentation du niveau marin (méthode GALDIT, Chachadi et Lobo Ferreira, 2007 : seul exemple à ce jour de cartographie dédiée aux aquifères côtiers et intégrant la notion de remontée de niveau marin). Le résultat est sans appel : 9 aquifères sur les 11 présentent une forte vulnérabilité.

Les 9 aquifères sont identifiés à partir du code Masse d’Eau, ils sont localisés sur la carte ci-dessous :

  • FRDG 504 : Limons et alluvions quaternaires du Bas Rhône et de la Camargue ;
  • FRDG 102 : Alluvions anciennes entre Vidourle et Lez et littoral entre Montpellier et Sète ;
  • FRDG 160 : Calcaires jurassiques pli W Montpellier et formations tertiaires, unité Thau Monbazin-Gigean Gardiol ;
  • FRDG 159 : Calcaires jurassiques pli ouest de Montpellier - unité Plaissan-Villeveyrac ;
  • FRDG 311 : Alluvions de l’Hérault ;
  • FRDG 316 ; Alluvions de l’Orb et du Libron ;
  • FRDG 530 : Formations tertiaires BV Aude et alluvions de la Berre hors BV Fresquel ;
  • FRDG 351 : Alluvions quaternaires du Roussillon ;
  • FRDG 243 : Multicouche pliocène du Roussillon.
Carte des masses d’eau littorales d’Occitanie présentant une vulnérabilité avérée aux changements climatiques

La salinisation de ces aquifères côtiers est aujourd’hui confirmée. Il est fort probable que l’élévation du niveau de la mer se fasse sentir loin à l’intérieur des terres, en particulier sur les secteurs caractérisés par des topographies faibles (zones deltaïques, plaines alluviales), du fait notamment d’intrusion d’eau salée via le réseau hydrographique (cours d’eau et canaux).

Le phénomène d’intrusion saline est considéré comme irréversible, impactant l’exploitation de ces aquifères côtiers pour les différents usages et affectant également le fonctionnement des milieux naturels littoraux.

Continuer à étudier l’impact de l’élévation du du niveau marin sur les aquifères permet de formuler des recommandations en termes de suivi et de gestion des aquifères les plus vulnérables d’Occitanie.

Pour aller plus loin :
Vers une stratégie de conservation à long terme des roselières littorales d’Occitanie – Rapport BRGM/RP-7015-FR

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